« Production porcine : agir vite ! »

Publié le par Vincent Jégou

Interview de Patrice Drillet par la Fédération des Métiers de la Terre


Carte d’identité 

Agé de 48 ans, marié et père de 4 enfants, Patrice Drillet exploite avec son épouse un atelier de 150 truies naisseur/engraisseur sur Goudelin. Il est depuis 2005 Vice-Président du groupement Cooperl Arca et responsable environnement à l’UGPVB.



Comment explique-t-on l’état actuel de la production porcine ?

 

"Depuis 2 ans, la filière subit une « fausse » crise conjoncturelle lié notamment au coût de production. L’alimentation des porcs étant basé à 80 % sur les céréales, l’augmentation des prix des matières premières (plus de 50 %) s’est additionnée au coût environnemental et social fort en France et en Bretagne. A cela s’est ajouté dernièrement la crise financière !".

 

Quel est le lien entre la crise financière et les difficultés de la filière porcine ?

 

"Ce lien se résume de deux façons. Premièrement, le financement des besoins des producteurs (notamment à court terme) a été ralenti, de sorte qu’on estime aujourd’hui à près de 500 millions d’euro les dettes fournisseurs au niveau Bretagne.

Deuxièmement, la dérégulation monétaire et notamment la parité euro/dollar défavorable a accentuée le phénomène pour nous, la filière bretonne est fortement exportatrice. Ceci est couplé, par ailleurs, a une baisse de solvabilité des clients notamment asiatiques.

Fort heureusement, la consommation de viande de porc s’est bien maintenue en comparaison aux autres viande (bœuf notamment)."

 

En quoi la Bretagne est-elle mieux placée pour sortir de cette crise ?

 

"La Bretagne est une région dynamique et la technicité des éleveurs ne peut être démentie (qualité des produits, coût alimentaire, environnement,…). Par ailleurs, un certain nombre de groupements (coopératifs) reste proche de leurs adhérents, la distance entre le centre de décision et les producteurs est maîtrisée et nous avons fait le « dos rond » en minimisant les marges sur les aliments notamment."

 

Peut-on être aujourd’hui optimiste ?

 

"La situation ne peut durer éternellement. J’estime que si la sortie de crise ne se fait pas sous 3 mois, nous serons confronté à des arrêts de production car les producteurs n’arriveront plus à couvrir leurs frais. Cependant des raisons d’espérer existe réellement : la baisse de la production mondiale (notamment liée à certains pays d’Europe) va entrouvrir des opportunités pour la France, l’ouverture potentielle du marché russe, un accès aux crédits facilité, une bonne récolte de céréales en volume qui permettra de limiter le coût de la matière première.

Cependant, prudence ! la filière porcine est très exposée car en lien direct avec le monde entier (le Brésil arrive par exemple avec 0,70 €/kg moins cher en territoire russe), très exposée au ratio offre/demande (1 % d’écart explique une variation de 15 % du prix) et l’export vers les Pays de l’Est (Russie notamment) et Asie n’est pas une mince affaire."

 

Si vous aviez des doléances à formuler, quelles seraient-elles ?

 

"Au niveau local, il faut avoir une gestion plus libérale mais maîtrisé des outils de production, les Zones d’Excédents Structurels ont figé des situations empêchant ainsi la naissance de projets plus intelligents et cohérents. Les investisseurs d’aujourd’hui sont les producteurs de demain !.

Plus globalement, je souhaite l’obtention de restitutions, indispensables pour accompagner notamment l’ouverture vers la Russie et l’Asie. Deuxièmement, les banques doivent continuer à accompagner nos projets d(investissement. Troisièmement, redonner de la confiance dans le système bancaire notamment au niveau des assurances-crédit. Enfin, une meilleure répartition de la valeur ajoutée* doit être recherché..

Au niveau européen, veillons à ne pas détruire les outils de régulation de marchés comme le stockage et les restitutions par exemple."



Notes d’humeur

 

La maternité collective de Trébivan

«  le positionnement des personnes qui s’opposent au projet est surtout politique avant d’être environnemental. Il faut laisser la liberté aux éleveurs de choisir des nouveaux modes de production intelligents et qui ont leur cohérence. La plus grave erreur serait de mettre les différents systèmes les uns contre les autres »

 

La spéculation sur les matières premières

« Nous devons la maîtriser pour nous mais aussi parce que nous avons un rôle moral face aux pays pauvres ! comment peut on accepter les révoltes de la faim, du pain dans certaines régions ? »

 

L’écotaxe

«  Je suis contre. La Bretagne doit faire valoir sa spécificité : géographique, historique (routes gratuites) et économique bien évidemment. Compte tenu de l’importance de l’agro-alimentaire en Bretagne, on considère qu’appliquer l’écotaxe reviendrait à absorber 50 % des bénéfices des entreprises de la filière agricole dans notre région »

 

Le plan Barnier pour la filière porcine

«  Ce plan est satisfaisant mais insuffisant : 33 millions d’€ alors que les pertes de la filière estimées depuis 2 ans approche le milliard d’€. Ce plan va dans le bon sens mais nous demandons à ce qu’il soit aménagé notamment que l’on évite le saupoudrage sur les organisations économiques, en ciblant en priorité les opérateurs majeurs. Pour le reste, on ne peut que se satisfaire des allégement de cotisations ou de l’accès facilité au crédit ».

 

La Grande distribution

« Nous devons veiller à répartir équitablement la valeur ajoutée tout en gardant à l’esprit que la grande distribution est un partenaire majeur de la filière ».

 

Note de l’auteur : Le rapport Besson sur la formation des prix alimentaires avait récemment pointé les marges sur certains produits transformés comme le jambon, peu sensible aux prix conjoncturels payés aux producteurs. On estime que les marges sont respectivement de 1 % pour les producteurs, 1 % pour les entreprises d’abattage-salaison et 20 % pour la grande distribution.

 


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